L'ARCEP dans son dernier numéro de la "Lettre de l'ARCEP" a demandé aux majors des télécoms et/ou de l'internet en France, de répondre à la question "comment voyez le secteur des télécoms en 2020 ?".
Au milieu des discours langue de bois des nombreux acteurs nationaux (Didier Lombard de FT et sa "nouvelle logique de régulation" ou comment ne pas répondre à la question posée, ou encore Free et son fameux "on va mettre de la fibre optique" ou comment se faire de la pub au passage. Notons tout de même cet élant de lucidité du dirigeant de Free, qui dit en substance que si on veut du haut débit, on n'a qu'à pas habiter chez les ploucs : c'est la qualité de vie OU le haut débit, mais pas les deux...), on voit 2 discours qui sortent du lot :
Google d'abord, seul acteur qui semble voir au delà du simple aspect technico-commercial d'Internet :
"Pour Google en 2020 Internet sera un outil essentiel pour atteindre « une société à basse émission de carbone ». Le géant américain fait de la protection de l'environnement un objectif majeur. Déjà il génère sa propre énergie renouvelable après avoir bâti l'une des plus importantes installations solaires de Etats-Unis. Selon le leader des moteurs de recherche le réseau mondial luttera contre le réchauffement climatique en favorisant les bâtiments et les réseaux électriques intelligents, les téléréunions, le télétravail, la dématérialisation des procédures, le remplacement de certains voyages par de la vidéoconférence etc.. Ce que l’on nomme déjà le « cloud computing »."
Internet, au delà de la technique (de plus en plus vite) et du commercial (de plus en plus de contenu), devient en plus une révolution sociale et environnementale : Internet, c'est l'ouverture (enfin) au télétravail (économie de déplacement, accès au travail aux personnes handicapées), à la domotique pour tous (réduction de la consommation d'énergie, aide aux personnes à mobilité réduites), aux téléréunions (gain de temps, diminussion des couts de transports) etc.
Donc Internet n'est pas un simple service de confort, il devient un outil très important de développement économique, et ça bien au delà de la "bulle internet", mais aussi de développement social, et de protection de l'environnement.
On est loin, très loin, de la "bibliothèque universelle" telle qu'on la concevait dans les années 90.
La CNIL ensuite qui tire la sonnette d'alarme, encore une fois, de la disparition du caractère anonyme d'Internet :
"Que reste-il de notre vie privée ? De notre droit à l'intimité ? Doit-on parler de droit à la vie privée ou plutôt de droit à la transparence ?, s'interroge le président de la Cnil, Alex Türk. A une époque où l'internaute est tout à la fois ficheur et fiché, où il devient la cible privilégiée des stratèges d'analyse comportementale (...) certains revendiquent haut et fort le droit de propriété sur leurs données, la liberté de déterminer sans contraintes l'utilisation qu'ils souhaitent faire de leurs données et bien sûr le droit à l'anonymat. Et Alex Türk de se demander : Mais avons-nous réellement ce libre choix aujourd'hui ? » . Si la situation est critique elle ne pourrait semble-t-il qu'empirer d'ici à 2020. Car, comme le note le président de la Cnil, en renonçant à une part de plus en plus importante de notre vie privée, nous risquons ne effet de porter atteinte de manière irréversible, à notre espace intime et à nos droits fondamentaux ». Près de 25 ans après 1984, le livre d'Orwell est toujours dans les esprits."
A ces débuts Internet était un espace qui reflétait l'étât d'esprit des gens qui y travaillaient (chercheurs et universitaires très "hippies") : Internet était plus un espace de non droit qu'un espace réellement structuré.
Bien entendu, le temps passant, un grand nombre de règles sont venues cadrer cet espace, en réponse à l'arrivée de nouvelles menaces (virus, hackers, cybercriminalité etc...). Puis Internet s'est ouvert sur le monde commercial au début des années 90, avec les gains que cela a engendré , mais aussi avec les retours de baton que cela a pu occasionné.
La révolution a été unidirectionnelle : les utilisateurs évoluent sans cesse, mais les "majors" qui se greffent sur l'épine dorsale encore publique d'Internet (pour combien de temps), souhaitent imposer leurs règles dans cet espace encore flou.
L'absence de lois structurelles les y encouragent, et peu nombreux sont les juristes et les décideurs politiques à oser se lever contre le lobbying intense des commerciaux, agitant la banière de l'emploi en péril devant tant de "libertés".
Lorsque j'etais jeune, il était très simple de copier un cassette audio sur une autre, et de se les échanger avec ses petits copains dans la cour du lycée. Puis plus tard de graver un CD, évolution permettant d'oublier le défaut principal de la cassette audio : la perte de fidélité. Et pourtant malgrè tout aucune "major" n'hestimait la perte de chiffre d'affaire dues à ces copies illégales.
Qu'a apporté Internet ? La perte de notion de proximité : un Internaute de HongKong peut échanger aussi facilement ces données avec un Internaute français, qu'avec son voisin de palier.
La copie illégale s'en est trouvé démultipliée.
Faut-il croire que le "marché" de la musique s'en porte mal pour autant ? Cela serait aller un peu vite. Les années 80 en France, c'etait le début des radios libres, l'arrivée sur les ondes de tout un tas de musique qui n'existaient pas du temps de l'ORTF, ou de manière quasi-confidentielle. Avec le temps, la musique est devenue une industrie cédant aux sirènes du Fordisme et du Taylorisme, et le panorama audio-visuel a commencé à s'harmoniser avant de s'appauvrir. On parle de "catalogue" de chanteurs, de "conformité à un public calibré", mais plus vraiment de musique ou de film.
La copie illégale sur Internet c'est donc le bouc-émissaire parfait pour ne pas avouer que la culture est devenue une industrie, et que cette industrie ne lachera pas un marché juteux sans essayer de rétablir les conditions qui lui ont permis de générer des profits collossaux. Plutot que d'accepter le changement, mieux vaut taper fort sur la tête des révolutionnaires.
Et pourtant, les quelques acteurs du marché (RadioHead, Nine Inch Nails ...) qui se sont essayés au "copyleft", aux licences "Creative Commons" ou autre n'ont pas à s'en plaindre. Nombreux ont été les utilisateurs à jouer le jeu, et à accepter de verser l'argent directement au créateur.
Les grands perdants, se sont les intermédiaires, et ce sont eux qui souhaitent que la situation ne changent pas, et font tout pour garder leur hégémonie.
S'en expliquent les plaintes, les procès, les systèmes techniques de filtrage, de détéction, de repérage, et de "flicage" qui ont été mise en place depuis des années.
D'un coté un besoin nécessaire et justifié de traquer des comportements criminels sur Internet, et de l'autre un flou total sur la définition même d'un comportement criminel sur Internet, le support ne permettant évidemment pas une transcription directe de la loi nationale, de par son absence de frontières, de juridictions notamment.
